Pas facile de repartir à zéro quand on y est forcé... 

La situation actuelle pousse les entreprises du secteur touristique à adopter une stratégie différente des anciennes. En effet, les conséquences du Covid-19 amènent les acteurs du tourisme à revoir leur plan d'action lors du déconfinement annoncé le 11 Mai prochain par le Président de la république, Emmanuel MACRON. Christophe JACQUET, directeur général de Havas Voyages préconise un retour aux affaires progressif ; c'est à dire étape par étape. A travers une interview accordée au magazine Tourmag, il revient sur l'importance de ne pas se précipiter dans la reprise des activités en évaluant la situation qui on peut le dire, mène la vie difficile au secteur du tourisme.

Extraits choisis. 

TourMaG.com - Avec le déconfinement qui se profile à partir du 11 mai 2020, pensez-vous rouvrir vos agences ?

Christophe JacquetOuvrir pour perdre de l'argent, c'est compliqué.
Nous sommes pris en tenaille entre, d'un côté, pouvoir reprendre la relation avec nos clients et, d'un autre côté, devoir traiter les reports et pas de la nouvelle demande. Tout ce qui va être annoncé jeudi à l'issue du Conseil de défense sur la levée des restrictions sera extrêmement important pour nous. Nous aurons très certainement davantage de visibilité sur quelles libertés nous aurons en France sur l'été, et ensuite quelles libertés nous aurons pour voyager en Europe. A l'heure où nous nous parlons, les frontières sont fermées. Pourtant nous lisons dans la presse que certaines destinations comme la Grèce aimeraient rouvrir.
A très court terme, ce qui est certain, c'est que nous n'ouvrirons pas notre réseau à partir du lundi 11 mai 2020. Ouvrir des agences pour avoir juste des charges supplémentaires, c'est prendre un risque. Il faut faire attention de ne pas ouvrir pour rien.
En revanche à partir du 2 juin 2020, nous allons mettre en place un test sur 10 agences de voyages, de manière à mesurer de façon rationnelle quel est le comportement des clients. L'objectif est de savoir si les Français vont se mettre dans la perspective d'organiser des projets de voyages pour plus tard.

Nous avons soigneusement sélectionné ces agences. Nous avons à la fois des flagships dans les grandes villes, des agences de province dans de plus petites villes qui ont un volume d'affaires moins important et des points de ventes en galeries marchandes.
Ces 10 agences vont nous permettre d'avoir un échantillon représentatif. En fonction des informations issues de ce test, nous re-déploierons massivement ou pas l'ensemble de notre réseau.

TourMaG.com - Sur le segment business travel, quelle est la stratégie de reprise ?

Christophe JacquetDepuis près de deux semaines sur la partie business travel, nous avons tout centralisé sur le plateau de Blagnac.
Un relais est effectué par les managers des neuf autres plateaux quant à la relation avec nos clients. Ils les informent de l'actualité et répondent aux questions sur la reprise des déplacements professionnels. Ce dispositif va nous permettre en fonction de l'évolution de la demande, de recharger progressivement le plateau de Blagnac. Dès qu'il aura atteint une capacité de 60 à 70% de volume, nous commencerons à rouvrir les autres plateaux progressivement.
Sur le business travel, le dispositif est très clair car il est à géométrie variable et va permettre de se redéployer très facilement.

TourMaG.com - De quelle manière anticipez-vous la reprise ?

Christophe JacquetAujourd'hui nous ne sommes plus dans une position d'attaque, mais dans une position défensive. La question est de savoir la manière dont on protège l'entreprise pour traverser la période actuelle. Nous sommes dans un mode d'hibernation, un mode contracté sur l'ensemble de nos dépenses.
Lorsque nous regardons un certain nombre d'hypothèses, on se dit que 2020 sera une année qui va se terminer à -70%, -80%, et 2021 ne reviendra pas sur l'historique de 2019.
Quand atteindrons-nous les niveaux de 2019 ? Cela prendra du temps, certainement un peu plus de deux ans.

TourMaG.com - Préparez-vous une offre France pour répondre à la demande annoncée des voyages des Français dans l'Hexagone pour cet été ?

Christophe JacquetNous vendons la France et nous préparons une offre spécifique pour être prêts dans la mesure où la France dans les jours qui viennent se confirmerait comme étant LA destination...
Mais je pense que ce n'est pas fondamentalement notre métier. Il y a peu de clubs sur la France, ensuite nous tombons rapidement sur de l'hôtellerie sèche, puis de la location de villas et d'appartements qui passent par d'autres réseaux que les nôtres. Maintenant ce qui est certain, c'est que nous avons une clientèle extrêmement fidèle dans nos agences et qui n'imagine pas partir en vacances sans passer par Havas Voyages.
Ce sera donc de notre responsabilité de continuer à les accompagner dans leurs projets de vacances aussi sur la destination France.